La TRANSBAIE , première course pédestre en Baie de Somme –La TRANSBAIE n’entend pas s’ensabler – La TRANSBAIE le grand défi –La TRANSBAIE le Paris - Dakar de la course à pied .
Tous ces titres fleurissaient dans les journaux cette veille du 14 mai 1989 .
Mais le lendemain …
La TRANSBAIE : une course infernale -TRANSBAIE une course d’enfer – La TRANSBAIE une course à la noyade – Panique sur la TRANSBAIE – 600 crossmen dans un ordre déconcertant … Marée basse pour sport de haut niveau – TRANSBAIE première : quelle aventure .La TRANSBAIE : un course qui tombe à l’eau ! ? -Quand les coureurs coulent …La TRANSBAIE ne devait pas être une course ordinaire .Elle ne l’a pas été…ETC …
Bruno Placzeek , prince des sables ,le premier vainqueur de la grande Transbaie (27km) suivi de Ion Damian ,de Saelmans , Abdellah Behar , Dany Pauwelijn , J-P Payet , autant de coureurs de haut niveau dont certains ne sont jamais revenus (pas de la Transbaie mais la recourir); les premières féminines furent la Belge Christine Segaert suivie de Sylvie Pomageot .
Après l’avoir courue seul ,ayant fait part de mon projet à mes amis Jean-Louis Fessier , Jean-Marie Hanot , Jean – Michel Sueur , je les entraînais dans une première sortie en Baie en « configuration course » c’est-à-dire « running », short , maillot et à un train de joggeurs - solidaires - (ça m’arrangeait beaucoup ) j’attendais les impressions de chacun , la Baie était autrement plus vasouillarde que maintenant , au premier « rieu » en fonction de nos poids respectifs la marque des premières « ouases » s’échelonnait de la cheville au genoux . (en patois la vase et , au pluriel, parce qu’en Baie la densité n’est jamais la même). J’entends encore Jean-Louis me dire – « matériellement impossible ! ! ! » et moi , serrer les dents , ne pas répondre et me « déhaler » les coudes au corps et le jarret tendu , elle n’avait pas encore de nom mais cette course devait naître ,et , de ces deux attitudes , l’équilibre de la Transbaie allait naître .
Ce premier passage , ces réflexions étaient les prémisses d’une course hors normes puisque nous avons fait tous les quatre , dans ces conditions , l’aller-retour St Valery / Le Crotoy .
L’idée faisait son chemin , mais tout restait à faire …
Il fallait maintenant convaincre , ce fut facile , une course pédestre en Baie de Somme ? !c’était original c’était vague , la Baie de Somme est vaste . Impliquer les trois communes de la Baie de Somme, Cayeux-sur-mer , Le Crotoy et St Valery-sur-Somme , pas de problèmes les trois étaient d’accord
Tout baignait, déjà …
Maintenant , il fallait se frayer un itinéraire , alors , avec Jean – Louis , sac à dos et roue de géomètre , nous avons arpenté la Baie ,en long , en large , et en travers ,et ce n’était pas qu’une expression . Sur quelle distance allions- nous arrêter cette course ? quel itinéraire allions-nous emprunter ? les trois communes étaient partantes il fallait donc que nous passions par là , pour la commune de Cayeux le passage était bien sûr la Pointe du Hourdel.
Lors de nos petites réunions ,le cercle s’était un peu élargi , nous réfléchissions sur le moyen de faire la course en triangle St Valery/Le Hourdel/Le Crotoy ou dans l’autre sens , enfin , peu importe , nous butions sur ce fameux passage du chenal au Hourdel , Jacqueline pensait faire échouer deux bateaux de pêche et installer une passerelle entre les deux , osé ! non ? Jean-Marie ,carrément , demandait à l’armée de nous jeter des ponts sur le chenal ,cette idée me plaisait bien . Le lendemain je téléphonais à la caserne à Amiens dont je ne me rappelle plus du nom ,j’exposais notre affaire au Capitaine de Tarlay . L’information était remontée dans la hiérarchie jusqu’au commandement de la Région Militaire de Lille .Parallélement les démarches auprès des services de sécurité concernés et de l’équipement maritime continuaient .
L’idée faisait son chemin .
Nous nous sommes donc retrouvés ,tous les partis en présence ,dans les sous-sols de la Sous-Préfecture autour d’une table ,sous la présidence de Monsieur le Sous-Préfet Emile Mocq ,devant un grand tableau genre guerre du Golfe (entre nous ,nous l’appelions amicalement et respectueusement Mimille ,c’était un pote à nous maintenant … ).
Incroyable ce que l’idée faisait son chemin .
Et d’un seul coup tout était à recommencer ,la DDE maritime ne donnait pas l’autorisation de barrer le chenal .Il fallait donc que nous trouvions une autre solution .
Et cette solution ,il n’y en avait pas d’autre ,partir de St Valery direction Le Hourdel pleine baie du Sud ,les galets ,la boue ,la vase ,les fossés ,le sable en vaguelette et la queue de chenal à traverser pour remonter dans le Hourdel ,faire le tour du phare ,ravitaillement et retour par le même chemin jusqu’à St Valery ,traverser la ville ,passer sur les écluses ,prendre la digue Nord ,redescendre en Baie et aller/retour Le Crotoy (le circuit emprunté actuellement par la TRANSBAIE) une course de costaud ,environ 27 kilomètres sur un terrain beaucoup plus dur que celui actuel ,la Baie était beaucoup plus vaseuse que maintenant .Bien sûr ce n’était pas à la portée de tous les coureurs .
Nous allions donc « organiser » une deuxième course qui partirait du Crotoy ,avec départ simultané ,et un retour direct vers St Valery pour les moins aguerris .la ligne d’arrivée serait la même ; tout était clair ,sur le papier ,devant la table et …dans nos têtes .
Le 14 Mai 1989 , 9h30 les premiers coureurs .
Les dossards , où sont les dossards ,mais bien sûr chez le faiseur de dossards qui nous les promettait tous les jours pour le lendemain, (il venait de s’installer à St Valery et nous voulions le faire travailler ), nous voulions des dossards personnalisés ,des dossards avec le nom de nos partenaires dessus –comme toute grande épreuve – pensez donc…à l’heure du retrait des dossards ,notre brave gars était en train de nous les estampiller nos dossards ,un par un ,du fait main ,le luxe ,le summum ,le summum de je ne sais quoi ,mais le summum …
Se mettre en quête de dossards à l’heure du retrait ,avouez que c’est original non …
La TRANSBAIE n’etait pas partie que nous étions déjà dans le bain …
14h30 départ simultané de St Valery pour 27 km et du Crotoy 7km ,bien sûr ces distances sont approximatives – c’est à vol de goéland – je m’était bien rendu compte lors d’une succincte reconnaissance le matin que le balisage était , disons- confidentiel- je doutais ,je craignais ,mais il était trop tard ,il fallait avancer , la marée n’attend pas et la fenêtre (temps de marée basse) ne nous accordait aucune indulgence …J’ai donc guidé à moto ,les 250 coureurs au travers de la Baie jusqu’au Hourdel en surveillant sur la droite les coureurs qui devaient arriver du Crotoy ;mais où était donc passée –la deuxième compagnie-...Normalement je devais les voir courir juste de l’autre côté du chenal et courir vers St Valery ,après dix minutes de course je devais les voir et ,rien !Peut-être y avait-il eu un problème au Crotoy ,Jean-Louis ne les avait pas lâchés ,cela aurait été le moindre mal. C’est en arrivant au Hourdel ,que j’ai compris le drame et à cet instant ,pour moi ,connaissant les dangers de la Baie de Somme ,c’est un drame qui se déroulait sous nos yeux ;les coureurs s’avançaient , bras tendus pour certains ou s’agrippant les uns aux autres ou à la nage, essayant de traverser le très fort courant du chenal sous les yeux des pêcheurs incrédules .Certains ont vu leur dernière heure ,minute ou seconde arrivée ;Jean-Marie Hanot responsable du secteur (et non de la situation) à cet endroit s’est rendu au milieu du chenal aidé par son mètre quatre vingt quinze et en a tiré d’affaire (sauvé) quelques-uns et refoulé les autres vers St Valery .On leur avait dit qu’il y avait de l’eau à traverser ,ils l’ont fait …
De retour à St Valery ,avec le peloton de coureurs dont j’avais la charge ,la rumeur était revenue plus vite que les coureurs ,comme un couperet : trois noyés et ,au moins…Ce n’était qu’un premier bilan…Jean-Marie Hemerlé vint me prévenir ,me conseiller de ne pas me rendre sur le port ,des femmes attendent leur mari (ce n’est pas du Victor Hugo),des enfants pleurent les coureurs « rescapés » veulent me jeter dans le port .On m’avait même annoncé le numéro de dossard des coureurs disparus ,l’angoisse ,le drame .L’hélicoptère de la gendarmerie atterri sur le port noir de monde , ne faisant qu’ajouter à l’angoisse .Quelqu’un en descend ,me donne une pile de dossards et je me mets en quête des trois numéros « disparus » ,je retrouve le premier ,le deuxième et le troisième-le dernier de la pile- .A genoux sur la place avec cette pile de dossards ,c’était terrible et ,terrible est le mot .
Il y avait à ce moment sur la place ,les égarés ,les rescapés ,ceux qui avaient suivi le bon chemin mais épuisés ,ils arrivaient tous franchissant la ligne d’arrivée dans les deux sens ,d’où l’expression d’un journaliste – 600 coureurs dans un ordre déconcertant - .
Nous passions du dramatique au pathétique ,la situation se détendait doucement ,j’étais certain maintenant que tout le monde était rentré à bon port … Quelle angoisse ! ! !
Denis COURTOIS
Président de "Sport et Tourisme en Baie de Somme" |